Les artistes nous invitent à vivre une deuxième réalité, une réalité parallèle au monde quotidien. Cette seconde réalité des choses que nous propose Michelle Winckler s'appelle poésie. Devenu sculpture, ce qui serait passé inaperçu devient objet de fascination ; leurs verticales nous hissent, leurs spirales nous entrainent, leurs courbes, leurs volutes, leurs cercles nous transmettent leur mouvement. Bois, minéral, cristal, métal prennent corps dans notre imaginaire et tous deviennent alors objets de méditation poétique. Les titres nous le disent : « emportée par le vent », « échouages », « au jardin des songes », « la déferlante »... loin d'élucider l'énigme de chaque pièce dans son abstraction, les titres ouvrent au contraire l'imaginaire pour une interprétation nouvelle et toujours onirique.

Mais la transgression ne s'applique pas qu'au seul matériau. Elle affecte aussi l'échelle dans une subtile ambiguïté de lecture qui fait d'un débris une forme monumentale, d'un éclat un fragment devenu lisible dans l'immense. Le feu y est passé, la glace aussi qu'évoque le cristal, ayant figé l'instant dans ce qu'il a de fugace. Michelle Winckler joue avec le temps, avec l'échelle, avec les matériaux dans leur rencontre insolite, l'érosion étant vue comme l'écriture d'une nouvelle poésie. Michelle joue avec la lumière, subtilement conduite le long d'anneaux ou de courbes parfois à peine suggérées ou selon une verticale impérieuse quand deux matériaux insolites se conjuguent.

Jusqu'où peuvent monter de telles verticales ? Jusqu'où l'érosion du bois, du cristal, du verre, du métal ? Jusqu'où peut-on accumuler de telles transparences ?

 

Daniel Lacomme